Sur les terres de Fang, les cinq compagnons reprennent conscience dans une obscurité complète, avec un violent mal de tête et presque aucun souvenir de la veille. Borgnut s’éveille le premier, dans une odeur de renfermé, de paille humide et de vomi, tandis que d’autres ronflent autour de lui. La douleur dans ses côtes vient de la garde de son couteau, posé près de lui ; son casque, lui, est toujours en place. Un premier souvenir lui revient : une taverne bondée, de la musique, des rires et une odeur de potage. Il croit aussi se rappeler que Mélisande jouait de son instrument et l’accuse déjà d’être responsable de leur état.
Brilidul, puis Shamrock et Mélisande s’éveillent à leur tour. Brilidul donne un coup de coude à Filinolas, qui continue de dormir ; Mélisande est la seule à distinguer nettement les silhouettes dans la pièce sombre. Après quelques étincelles produites avec son briquet, elle allume une torche. La lumière réveille Filinolas, qui bavait sur l’épaule de Brilidul et se plaint d’avoir mal au nez.
La torche révèle un cadavre près du groupe, celui d’un homme à l’allure de mercenaire. Filinolas tente de le stabiliser avant d’admettre qu’il est bien mort, tandis que Shamrock l’examine et que Brilidul s’intéresse à ses possessions. Le corps est froid, mais son sang n’est pas entièrement sec ; une plaie sanglante marque l’abdomen, assez bas pour nourrir les soupçons contre Borgnut. Celui-ci avait un couteau possiblement taché de sang à côté de lui et le range sans rien dire. Il assure toutefois s’être seulement réveillé auprès du mort, sans savoir comment ils sont arrivés là ; Shamrock découvre sur le corps une petite bourse, des dents de rat et une bague à la forme étrange. L’alcool, le vomi, leurs vêtements froissés et leurs trous de mémoire ne permettent à personne d’éclaircir ce qui s’est passé.
La pièce comporte deux passages. Shamrock envisage d’enrouler le cadavre dans un vieux tapis sale et lourd ; elle promet une pièce d’or à Brilidul pour s’en charger. En tirant le corps, il laisse une trace dans la poussière. Le groupe choisit ensuite un passage, les deux nains en tête et Mélisande à l’arrière. Borgnut surveille le sol, mais ne repère aucun piège dans le couloir qui descend et se refroidit. Plus loin, une flèche jaillit d’un dispositif sur lequel il a marché : il manque son esquive et subit deux points de dégâts. Filinolas évite une autre flèche, qui se plante dans le mur ; Mélisande envisage de la récupérer, puis la laisse lorsqu’elle apprend qu’elle ne convient pas à son arc.
Près d’un escalier, une porte en bois résiste à Borgnut. Shamrock regarde par le trou de la serrure : il fait noir derrière et elle entend un léger gargouillis. Borgnut casse un premier lot de matériel en tentant de crocheter la porte, puis réussit au second essai. Mélisande frappe et demande s’il y a quelqu’un ; une fois la porte ouverte, elle distingue quelque chose au fond de la pièce. Filinolas avance et découvre deux zombies. Il s’agenouille au milieu du passage pour prier Euclide de détruire ces créatures, pendant que Shamrock lance un sort de feu, Mélisande tire une flèche entre ses compagnons et Borgnut utilise son arbalète. Le premier zombie tombe. Brilidul tente de pousser Filinolas pour dégager le passage, mais sa prière le laisse immobile.
Le second zombie s’avance sur un tapis. Filinolas en tire le bord sous ses pieds : le zombie chute, le tapis se roule au pied du prêtre et découvre un trou. Shamrock attrape alors la jambe de la créature, lourde et malodorante, et parvient à la faire basculer dans l’ouverture. Elle entend son corps heurter le fond, quelques mètres plus bas. Filinolas remet ensuite le tapis en place, tout en attribuant ce succès à Euclide. Les compagnons contournent prudemment le trou et entrent dans une pièce d’entrepôt poussiéreuse, sans autre porte, où se trouvent une table, des sacs, des couvertures et des caisses. Ils y découvrent surtout des choux verts et frais, ainsi que des traces de pas plus grandes que celles des nains, entrées et ressorties par l’unique porte.
Le groupe revient sur ses pas et emprunte l’escalier. Pendant la montée, Borgnut et Shamrock retrouvent d’autres images de leur soirée : un haut elfe dansant sur une table et une magicienne buvant dans son coin. En haut, des lampes à huile éclairent un couloir aux murs froids. Shamrock en prend une et entend des bruits derrière une porte ; lorsque Borgnut appelle, le silence se fait. Il ouvre néanmoins et entre le premier dans une salle commune où trois personnes armées se montrent hostiles. Borgnut explique qu’ils se sont réveillés en bas avec mal au crâne et cherchent la sortie, mais les occupants ne paraissent pas disposés à discuter.
Un nouveau combat s’engage. Filinolas invoque son dieu et envoie une gifle astrale à l’homme qui leur a parlé. Borgnut évite l’épée de ce chef, mais manque sa riposte au couteau ; Mélisande atteint une cible d’une flèche et Shamrock la frappe de sa magie. Une femme armée d’une masse blesse légèrement Brilidul malgré sa tentative de parade. Borgnut recule, prend le temps de viser et abat le chef d’un carreau dans le cou. L’archère adverse tire sur Mélisande, qui met ses lunettes et esquive, tandis que Brilidul frappe la femme à la masse aux genoux. Filinolas la touche également de son bâton ; Shamrock poursuit ses attaques magiques, et une flèche de Borgnut frôle Brilidul avant d’atteindre leur adversaire.
Filinolas essaie de jeter un tapis sur la tête de la femme à la masse. Son premier effort échoue, puis il la recouvre entièrement au second essai, l’empêchant de voir. Borgnut tire à l’endroit où il suppose que se trouve sa tête : le corps tombe, inerte, sous le tapis. L’archère touche ensuite Filinolas d’une flèche. Brilidul tente en vain de lancer la masse de la morte sur elle ; Mélisande tire, mais l’archère esquive. Shamrock lui jette alors une lampe à huile : le verre se brise, l’huile enflammée se répand sur ses vêtements et elle se met à brûler. Borgnut renonce à enflammer un carreau, dont le bois prendrait trop lentement, et tire normalement. L’archère finit par lâcher son arme et se rendre, mais le feu n’est pas éteint ; Filinolas lui lance un récipient qui contient de l’alcool. Les flammes reprennent et elle meurt.
En fouillant la salle, le groupe trouve de la ficelle sur le chef, un médaillon doré portant le nom « Gertrude » sur la femme à la masse, ainsi qu’une bourse de huit pièces d’or et une petite potion. Shamrock constate que le médaillon n’est pas magique ; la potion lui rappelle vaguement l’aura de l’une des siennes, sans qu’elle puisse en déterminer l’effet. Elle perçoit aussi une très faible présence magique au loin. Mélisande découvre une caissette remplie de pièces sur une commode, les compte en petites piles puis les met dans ses poches. Brilidul trouve une miche de pain et prend la masse, malgré son poids ; Shamrock s’intéresse aux autres armes et aux bouteilles d’alcool. Filinolas soigne ses blessures par imposition des mains.
Le groupe poursuit l’exploration. Une chanson de Mélisande fait revenir à celle-ci et à Brilidul le souvenir de leur marche à cinq dans les bois, après avoir quitté la ville : ils chantaient et semblaient certains d’être au bon endroit lorsqu’ils se sont arrêtés devant un mur. Filinolas remarque plus loin une concentration de magie et affirme que son dieu l’a averti. En avançant, Brilidul pose le pied sur une dalle d’où jaillissent des éclairs. Il reçoit cinq points de dégâts et Borgnut, touché lui aussi, en reçoit deux. La dalle reste nettement visible et le groupe évite d’y remarcher.
Une odeur de soufre de plus en plus âcre arrête Borgnut et Filinolas, mais Brilidul la supporte et ouvre d’un coup de pied une porte entrouverte. Derrière se trouvent des latrines fonctionnelles. Il ose les fouiller et y ramasse une pièce d’or brillante ainsi qu’une clé, puis ressort sous les protestations de ses compagnons. Un autre souvenir revient alors à Filinolas : à la taverne, un homme important leur a confié une mission consistant à trouver quelque chose et à le rapporter. Un mot de passe, qu’il juge rétrospectivement ridicule, devait aussi leur permettre d’avancer, mais il ne parvient pas encore à s’en souvenir. Shamrock se rappelle de son côté leur entrée dans les lieux, l’attaque d’un mercenaire et le rôle de Borgnut dans cet affrontement.
La porte suivante est verrouillée. La clé trouvée par Brilidul y entre et tourne ; derrière la porte grinçante apparaît un laboratoire improvisé, encombré de bocaux, de fioles, d’herbes suspendues, d’alambics, de mortiers et de parchemins, sous une forte odeur d’herbes médicinales. Un vieil homme penché sur un établi relève la tête et leur lance aussitôt un éclair. Borgnut et Brilidul l’évitent ; l’homme leur crie de ne pas approcher. Malgré les demandes de discussion, le combat commence. Filinolas essaie de lui tirer son tapis sous les pieds, glisse et se cogne la tête. Mélisande avance en roulade et décoche une flèche ; Shamrock tente de lancer une lampe à huile, sans atteindre sa cible, puis l’homme manque Mélisande d’un nouvel éclair et se rapproche d’un levier.
Borgnut prend sur une table une fiole au contenu vert et la jette au visage de l’homme. Elle le touche, mais rend son corps invisible sans faire disparaître ses vêtements. Brilidul se rapproche en courant ; Filinolas enflamme le tapis avec une lanterne. Mélisande lance une autre fiole, dont l’effet n’est pas immédiatement connu, et Shamrock attaque encore par magie. L’homme actionne le levier, ouvre une porte et l’arrache par surprise ; il le lance vers Borgnut, qui esquive, et le morceau se plante dans le mur. Borgnut boit alors une potion rose à paillettes trouvée sur la table : elle lui donne la conviction d’être irrésistiblement séduisant, sans que les autres partagent nécessairement cet avis.
Brilidul boit la dernière potion et se met à comprendre les paroles de rats que ses compagnons n’entendent que comme des couinements. Lorsqu’un rat géant apparaît et attaque, il lui parle dans sa langue et réussit à le convaincre que l’herboriste, qui l’a enfermé, est son ennemi. L’homme, désormais inquiet, lance encore un éclair vers le groupe. Mélisande lui jette un instrument pointu pris sur une table : il est touché et tombe en arrière. Shamrock répand du vin sur le bureau puis y met le feu avec son briquet. Pendant ce temps, Filinolas termine une incantation de soutien, debout sur le bureau. Un carreau de Borgnut, mal engagé dans son arbalète, part en arrière et blesse Filinolas ; son tir suivant manque l’herboriste. Brilidul atteint finalement l’homme d’un coup bas. Acculé, celui-ci lâche son bâton et supplie qu’on arrête, tandis que le bureau brûle.
Interrogé, l’herboriste apprend qu’ils cherchent un antidote au tugulac et leur indique une bibliothèque dans le laboratoire. Il leur demande surtout de cesser de casser ses fioles. Shamrock trouve une fiole étiquetée « tugulac », avec « antidote » écrit dessous, et la met soigneusement à l’abri. En examinant les livres, Borgnut entend un déclic ; une paroi s’ouvre sur une cache contenant un coffre rempli de pièces d’or et de quelques pierres précieuses. Il met le contenu dans ses poches, referme le coffre et prétend à Mélisande n’y avoir trouvé que de vieux sous-vêtements. Brilidul sent pourtant qu’il y a de l’or dans les environs, sans obtenir de Mélisande qu’elle se laisse fouiller. Shamrock récupère aussi des ingrédients et trois petites fioles de poison étiquetées.
Leurs souvenirs s’éclaircissent : un certain Archie, qu’ils identifient comme Archibald, leur a demandé de rapporter l’antidote au tugulac. L’herboriste dit vendre ses potions et ne pas savoir comment les compagnons sont entrés dans les lieux ni pourquoi ils s’y sont endormis ; il rappelle que plusieurs de ses hommes sont morts et veut qu’ils partent. Il leur indique le chemin du retour, mais précise qu’il faut un mot de passe pour sortir. Le groupe retrouve enfin ce mot : « brouette ». L’herboriste ajoute qu’il n’a jamais su désactiver la dalle foudroyante. Les compagnons repartent en prenant garde au piège, puis atteignent un mur qui s’ouvre dans un grincement lorsqu’ils utilisent le mot de passe.
Dehors, la lumière de l’après-midi les éblouit. Après une vingtaine de minutes de marche, ils rejoignent les premières maisons de la ville avec l’antidote. Les habitants les accueillent de sourires et de plaisanteries sur leur état de la veille : certains disent qu’ils semblaient destinés à finir dans un fossé, d’autres évoquent une chèvre que l’un d’eux aurait voulu recruter ou une porte déjà ouverte qu’un nain aurait tenté de forcer. Devant la taverne, le tavernier salue leur retour, puis Archibald paraît. Les compagnons reconnaissent l’homme venu leur proposer cette quête urgente à leur table, alors qu’ils étaient déjà très ivres. Il demande aussitôt l’antidote ; Shamrock lui remet la fiole en échange de la bourse de pièces d’or convenue. Archibald les remercie d’avoir sauvé une vie et repart sans attendre.
Le tavernier revient avec une ardoise et réclame le règlement de la soirée précédente. La note provoque des protestations : elle comprend notamment une poule disparue, un nettoyage exceptionnel et une bouteille d’alcool nain jugée excessivement chère. Il affirme leur avoir offert les cacahuètes et raconte qu’au milieu des réjouissances, Borgnut a même été lancé à travers la pièce. Shamrock propose de mettre les ressources en commun pour payer, mais les autres lui demandent de montrer la bourse de la récompense ; Borgnut, toujours détenteur du contenu de la cache, maintient qu’il n’y avait que des sous-vêtements et tente de s’éclipser pour faire une sieste. Les compagnons débattent du partage, et une partie de la récompense sert finalement à payer le tavernier. Dans les maisons, les récits de leur expédition commencent déjà à grossir, entre morts-vivants et sortie des ruines couverts de toutes sortes de traces.