Dans les terres de Fang, une compagnie d’aventuriers tout juste formée se réveilla au lendemain d’une célébration particulièrement arrosée, sans le moindre souvenir précis de la veille. Filinolas ouvrit d’abord les yeux dans une pièce de pierre sombre, couverte de paille humide, de poussière, de débris et de vomi, avec Brilidule ronflant sur son épaule. Fortunard, Borgnut et Mélisandre reprirent ensuite conscience dans le noir, tous affligés d’un violent mal de crâne, d’une soif tenace et d’une mémoire lacunaire. Mélisandre, qui voyait mieux que les autres, distingua les silhouettes de ses compagnons ainsi qu’un corps inerte à l’écart.
Après quelques étincelles de briquet, Filinolas alluma une torche et le groupe découvrit une ancienne salle délabrée où leurs armes gisaient à portée de main. Le mort, équipé comme un mercenaire, portait des blessures de dague : Filinolas conclut qu’un coup parfaitement placé au ventre l’avait tué sur le coup. Mélisandre se réveilla justement avec une dague sanglante en main, sans pouvoir expliquer l’origine du sang, ce qui nourrit les accusations et les moqueries de ses compagnons. Pendant que Brilidule fouillait mal le cadavre et n’y trouvait guère qu’un briquet supplémentaire, Fortunard remarqua et déroba une bague. Le groupe abandonna finalement le mort, sans avoir établi ce qui s’était réellement passé.
La compagnie emprunta un couloir étroit vers la droite, laissant de côté une autre direction, et parvint à un embranchement menant notamment vers un escalier et une porte. Filinolas, qui ouvrait la marche avec la torche, déclencha un piège à flèche ; le projectile se ficha dans son épaule. Brilidule retira brutalement la flèche et cautérisa la plaie à la torche, interrompant au moins le saignement. Plus loin, Borgnut crocheta silencieusement une porte derrière laquelle un tapis dissimulait une fosse. Brilidule, incapable de résister à une pièce d’or lancée sur le tapis, plongea pour la récupérer, chuta lourdement, se brûla avec la torche et dut être remonté à l’aide d’une corde.
Au-delà de la fosse, Mélisandre entendit des bruits inquiétants et la compagnie rencontra deux zombies, l’un armé d’une bouteille cassée, l’autre d’une vieille épée. Brilidule blessa l’un d’eux à la hache, mais manqua ensuite son mouvement et entailla sévèrement Borgnut au bras. Borgnut finit néanmoins par abattre le premier zombie d’un carreau d’arbalète en pleine tête. Face au second, les tirs de Fortunard et de Mélisandre échouèrent, tandis que Filinolas, terrorisé, se soigna lui-même et encouragea les autres à distance. Brilidule porta plusieurs bons coups, et Mélisandre acheva finalement le mort-vivant en lui fracassant la tête avec son luth. Les zombies ne portaient rien d’utile ; la pièce voisine, qui servait de débarras, ne contenait que des caisses de choux.
Les aventuriers descendirent ensuite des escaliers vers des couloirs mieux entretenus et éclairés par des lampes à huile. Malgré les appels à la discrétion, ils firent assez de bruit pour alerter des occupants derrière une porte. Brilidule la frappa de sa hache, y ouvrit un trou et essuya immédiatement un tir d’archer qui le blessa légèrement. Le combat contre trois mercenaires s’engagea alors dans le passage encombré : Borgnut esquiva plusieurs coups, Fortuna blessa un adversaire à l’arc et tua l’archer d’une flèche dans la gorge, tandis que Brilidule brisa la jambe d’un mercenaire puis affronta leur chef. Mélisandre rata plusieurs tirs, dont l’un frappa Brilidule, avant de l’atteindre encore accidentellement avec une autre flèche. Filinolas tenta vainement de soutenir le groupe par magie, puis poussa Brilidule sur le chef adverse ; l’enchevêtrement qui s’ensuivit permit finalement de capturer ce dernier vivant.
Le chef mercenaire, les mains levées après la mort de ses compagnons, révéla qu’ils se trouvaient dans les ruines de Zomur. Brilidule le frappa entre les jambes pour obtenir des renseignements, puis remit à Mélisandre un papier trouvé sur lui. Celle-ci put y lire l’objectif de leur mission : récupérer chez l’herboriste fou des ruines une fiole d’antidote au poison tugulak. Dans la salle de repos des mercenaires, Fortunard trouva notamment un calice doré, une terrine de lapin et un livre, tandis que Filinolas découvrit discrètement une caissette de trente pièces d’or et la vida dans ses poches. Peu après, des souvenirs leur revinrent : Archibald, le médecin de Valtordu, leur avait confié cette première quête avant qu’ils ne célèbrent si intensément leur départ qu’ils en oublient mission et trajet.
En suivant les couloirs, Borgnut déclencha une dalle runique qui le projeta et lui infligea une violente décharge électrique. Ses compagnons échouèrent à lui prodiguer des premiers soins efficaces, puis poursuivirent leur chemin malgré l’odeur de soufre et les soupçons de pièges. Ils découvrirent des latrines, puis une porte renforcée que Borgnut crocheta ; Fortunard chargea aussitôt à travers l’ouverture et percuta l’herboriste dans son laboratoire. L’homme, d’abord surpris puis hostile, les attaqua avec un bâton lançant des éclairs et libéra un rat géant de sa cage. Mélisandre attira le rat en jouant du luth, Filinolas lança des fioles sans parvenir à toucher l’herboriste, Fortunard le blessa à l’arc et Brilidule le pressa au corps à corps, après avoir perdu sa hache en tentant une attaque d’opportunité. Borgnut tira par erreur sur Mélisandre en voulant viser le rat, lui laissant une flèche dans la cuisse. Acculé, l’herboriste se rendit, confirma l’existence de la fiole recherchée et la désigna sur une étagère ; Mélisandre la récupéra.
Les aventuriers interrogèrent l’herboriste, fouillèrent librement son laboratoire et prirent chacun une fiole non étiquetée, malgré les protestations de leur hôte. Borgnut remarqua des livres anormalement disposés et révéla un passage secret donnant sur un coffre : il y trouva près d’une centaine de pièces d’or et plusieurs pierres précieuses. L’herboriste expliqua qu’il fallait remonter et prononcer un mot pour quitter les ruines. Menacé de voir ses fioles cassées, il les accompagna jusqu’au mur secret ; les souvenirs de Mélisandre lui rendirent le mot de passe, « brouette ». Le mur s’ouvrit alors dans un grondement, leur permettant de ressortir à la lumière du jour avec l’antidote de tugulak. Au cours du retour, d’autres fragments de la nuit précédente leur revinrent : Filinolas dansant sur les tables, un concours de lancer de nain impliquant Brilidule, Borgnut vidant les réserves en cuisinant, et surtout Mélisandre ayant planté sa dague tandis que le mercenaire ivre tombait dessus.
De retour à Valtordu, les villageois les accueillirent avec amusement et racontèrent leurs frasques de la veille, depuis une tentative de convaincre une chèvre de devenir aventurière jusqu’à une porte déjà ouverte que l’un d’eux aurait essayé de forcer. Archibald accourut, reçut l’antidote des mains de Mélisandre et remit la récompense prévue avant de repartir précipitamment sauver la personne empoisonnée. Le tavernier présenta alors l’ardoise des dégâts et consommations de la soirée précédente : après règlement de 826 pièces d’or, il resta assez d’argent pour recommencer à boire. La compagnie termina ainsi sa première expédition en taverne, blessée, désordonnée et fière d’avoir survécu aux ruines de Zomur, tandis que les rumeurs du village transformaient déjà leur modeste exploit en aventure légendaire.