Dans les Terres de Fang, loin des héros légendaires, des dragons terrifiants et des puissants sorciers, cinq voyageurs fauchés arrivent à Val-Tordu avec l’espoir plus immédiat de trouver un repas chaud. En ce début d’après-midi, ils occupent l’unique taverne du village, presque vide. Le tavernier essuie une chope et une serveuse débarrasse des tables tandis qu’une odeur de soupe flotte près du feu ; la vaisselle et les ustensiles inspirent une confiance toute relative, mais la bière a déjà un peu monté à la tête du groupe.
Les deux nains sont assis ensemble par réflexe. Brilidul correspond au stéréotype nain : gros casque, grosse hache, bière dans la barbe, voix forte et assurance intacte malgré un manque évident de subtilité. À ses côtés, Borgnut est un ingénieur élégant, fier de sa barbe soigneusement taillée, de son casque brillant et de sa ceinture pleine d’outils et de gadgets. Mélisande, barde accompagnée de son luth, voyage pour composer « la plus grande épopée de tous les temps » et trouve déjà dans la moisissure d’une éponge de quoi écrire un poème.
À une table voisine, Fillinolas, prêtre haut elfe blond, sérieux, pincé et volontiers condescendant, prétend apprendre les cartes et les chiffres à son adversaire. Celui-ci est Fortunard, un semi-homme de petite taille, arc au dos, cape et capuche, persuadé d’être le meilleur pisteur de toute la Terre de Fang. Il discute surtout de la fabrication des cartes et affirme connaître les règles de tous les jeux de cartes du continent. Le groupe n’a donc rien d’un assemblage discret ou harmonieux, mais chacun est prêt à se qualifier d’aventurier dès qu’une occasion se présente.
Un mage aux cheveux brûlés, à la barbe fumante et à la robe couverte de suie entre alors dans la taverne en courant. Il éteint une flamme qui crépite dans sa barbe et réclame des aventuriers pour une mission « très importante » et dangereuse. Les cinq se proposent aussitôt, et l’homme leur montre une bourse qu’il estime à une centaine de pièces d’or : les récoltes sont ravagées, les fermes pillées, et il promet 100 pièces d’or à qui mettra fin au problème. Après plusieurs questions, il révèle enfin que le responsable est un démon… dans un poulet.
Le mage insiste : son invocation a mal tourné et le démon n’était pas censé posséder un volatile. Le garde refuse de s’en charger, mais le mage assure que le poulet reste, après tout, un poulet, quoiqu’un poulet démoniaque ; il suggère même qu’il serait plus pratique de le lui ramener vivant. Mélisande demande son nom afin de trouver des rimes, mais l’homme ne sait pas comment il s’appelle et précise seulement qu’il fait « cot-cot ». Malgré les réserves de Brilidul, qui soupçonne une quête de niveau un particulièrement douteuse, les cent pièces d’or finissent par convaincre le groupe. Brilidul calcule immédiatement que cette récompense représente quarante pièces pour lui, calcul que Fillinolas conteste sans parvenir à le faire changer d’avis.
À l’extérieur, Val-Tordu traite la menace avec un sérieux désespéré. Barricades, chariots renversés, planches clouées et fenêtres condamnées donnent au village l’allure d’une forteresse médiocre ; une pancarte annonce que, « suite à l’apparition d’un poulet démoniaque », toutes les portes sont barricadées jusqu’à nouvel ordre. Les villageois se réfugient rapidement chez eux. Le groupe se rend auprès d’un sergent qui affirme avoir bâti sa quatrième ligne de défense juste avant que celle-ci ne s’effondre derrière lui, devenant aussitôt la cinquième.
Le sergent est robuste, bien équipé, armé d’une belle épée et vêtu d’une armure correcte, au point que les aventuriers se demandent pourquoi il ne s’occupe pas lui-même du problème. Lorsqu’on l’interroge sur sa peur des poulets, il se met à trembler, nie toute phobie, puis tente maladroitement de sauver les apparences. Il ne sait pas où trouver la créature, mais les envoie consulter mamie Berthe, qui voit beaucoup de choses malgré son esprit manifestement confus. Fortunard lui recommande au passage de mieux planter ses piquets, puis le groupe prend la direction de la dernière sortie ouverte au nord.
Mamie Berthe accueille les aventuriers comme des « petits enfants » et s’approche de Fortunard, qui garde ses distances à l’aide d’un bâton ramassé au sol. La discussion sur le poulet démoniaque s’avère laborieuse : Berthe parle de sa poule au pot, de gobelins, de restes de repas et du fils du boulanger qui jouait du violon. Grâce à une démonstration mimée de Fortunard — un poulet dessiné avec les mains, des cornes sur la tête — elle finit par désigner le pont et évoquer des gobelins portant des plumes sur la tête. Brilidul, trop impatient, lui crie la question dans l’oreille ; elle répond seulement qu’il y avait des gobelins avec des plumes et que « le poulet » se trouve là-bas.
Le groupe quitte donc Val-Tordu par le pont, en ignorant les protestations qui s’élèvent derrière lui à propos de mamie Berthe. Fortunard prend la tête sur l’unique route et annonce fièrement que c’est « par là ». Mélisande joue son hymne au printemps pendant la marche, et son attention portée à la musique lui permet pourtant de repérer de la fumée au loin. Les autres entendent aussi de petits caquètements et des chants. En approchant, ils découvrent trois gobelins, dont l’un porte des plumes sur la tête, ainsi qu’un chemin de plumes que Mélisande remarque.
Les gobelins ne semblent pas hostiles d’emblée : ils prient une grande plume noire et parlent du Grand Volatile, « dévoreur de graines », « fléau des potagers », « destructeur de clôtures » et « celui qui chante à l’aube de l’apocalypse ». Ils semblent croire qu’un grand poulet les dévorera et voudraient éventuellement laisser les aventuriers prier avec eux. Mélisande est d’abord séduite par leurs chants et leurs accords de mi mineur, mais Brilidul sort sa hache et attaque sans attendre. Son premier coup rate, il glisse, et le combat s’engage.
La bataille contre les trois gobelins commence difficilement. Borgnut tire un carreau qui frôle Mélisande, Fortunard manque également sa cible mais prétend qu’il s’agissait d’un plan destiné à faire baisser la garde ennemie. Mélisande, elle, réussit à toucher un gobelin à l’arc. Le chef gobelin blesse Brilidul avec sa dague sacrificielle, tandis que les autres tirs et coups ratent ou passent dangereusement près des alliés. Fillinolas rejoint la mêlée avec son bâton, mais son coup est paré.
Brilidul finit par trancher l’oreille d’un gobelin. Borgnut, malhabile au couteau, le laisse lui échapper avant de le rattraper de justesse ; Fortunard profite néanmoins du désordre pour abattre un gobelin d’une flèche en pleine tête. Mélisande rate ensuite un tir, et le chef gobelin brandit les bras en criant « cot-cot fang », sans que les aventuriers comprennent l’effet recherché. Un autre gobelin plante sa dague rouillée dans le visage de Fortunard, mais celui-ci affirme que cela ne fait « même pas mal ».
Brilidul tente alors une idée brillante : saisir une branche enflammée afin de l’appliquer sur le chef gobelin. Il découvre directement que le feu brûle, se couvre de cloques, puis rate aussi son coup de hache supplémentaire. Borgnut parvient enfin à toucher un gobelin au couteau, et Mélisande blesse à son tour un adversaire avec sa dague. Fillinolas évite avec grâce une flèche ennemie, puis lance la Gifle d’Euclide : une puissante gifle sacrée abat le chef gobelin net.
Le dernier gobelin se met à genoux, terrorisé, et indique le campement du Grand Volatile en suivant le chemin de plumes. Il tente ensuite de fuir, trébuche et meurt d’effroi ou d’une crise cardiaque, sans que personne puisse réellement le secourir. Les aventuriers fouillent les corps : Mélisande récupère ses deux flèches ; Brilidul trouve trois pièces de cuivre et les garde pour lui ; Borgnut reçoit un morceau de fromage moisi. Brilidul ramasse aussi une grande plume noire, plus belle que les autres, et la revendique comme la sienne.
En suivant les plumes, ils parviennent à un ancien campement gobelin abandonné. Une grande tente déchirée, une tour de guet sommaire, des caisses et des installations de fortune témoignent d’une petite tribu, mais il n’y a presque aucune trace de lutte. Des plumes noires et ordinaires jonchent le sol, tandis qu’un mouton et une chèvre demeurent enfermés dans un enclos. Fortunard identifie fièrement ces animaux comme « un mouton et une chèvre », puis constate que le vent souffle. Le groupe aperçoit également une poule blanche et décide aussitôt qu’elle pourrait être le poulet démoniaque déguisé.
Fortunard et Borgnut prennent la poule en tenaille. Borgnut la laisse s’envoler avec une agilité surprenante, mais Fortunard l’attrape et la menace avec sa dague, exigeant qu’elle « soit poulet ». Elle ne se transforme pas. Convaincu qu’il s’agit malgré tout d’un leurre ou peut-être de l’enfant du véritable démon, Fortunard finit par l’égorger et range son corps dans son sac comme preuve. Dans la grande tente, les aventuriers trouvent une odeur insupportable de nourriture oubliée, de fromage, de gobelins et de fientes, ainsi qu’un trône bricolé sur lequel une autre poule blanche était installée.
Borgnut utilise son instinct du trésor et repère un coffre dissimulé sous le trône. En s’en approchant, il évite de justesse un piège gobelin : une caisse suspendue tombe, mais il bondit à temps. Le coffre possède une combinaison ; le groupe essaie d’abord de la déduire du nombre de poulets, de gobelins, de chèvres et de moutons, avant de découvrir une feuille présentant des équations : poulet plus poulet égale quatre, gobelin plus poulet égale cinq, chèvre plus gobelin égale six. Ils en concluent que poulet vaut deux, gobelin trois et chèvre trois. La combinaison était bien 233, mais le coffre était en réalité déjà ouvert.
À l’intérieur se trouvent des pièces d’or et d’argent, une cuillère, une chaussure gauche, une plume de poule, un caillou ovale et une carte grossière. La carte indique Val-Tordu, le campement, diverses zones inquiétantes, et surtout un emplacement à l’est désigné comme « très gros cot-cot ». Le groupe décide de suivre cette piste, après avoir noté qu’un vieux truc nul, une vache mauvaise et un fantôme figurent également sur le dessin. Fortunard conserve une poule blanche vivante dans son sac pour l’interroger plus tard, tandis que les autres remarquent qu’il y a peut-être déjà un cadavre de poule dans le même sac.
Avant de partir, les aventuriers fouillent une autre tente. Borgnut passe le premier et se fait violemment charger par un sanglier, qui le projette en avant et lui inflige des dégâts. Brilidul se précipite pour défendre son camarade et tente de monter sur l’animal afin de le dompter, mais manque son saut et est repoussé. Fortunard essaie à son tour de bondir sur le sanglier avec sa dague, sans plus de succès. Mélisande, qui possède le talent de chevauche, tente le rodéo ; elle atterrit plus gracieusement que les autres, mais échoue elle aussi à s’installer sur le dos de la bête.
Fillinolas touche le sanglier avec son bâton. Borgnut tire sans atteindre personne, Brilidul réussit ensuite une entaille à la hache, et Fortunard manque un coup de couteau si violemment que son arme s’envole et se plante dans l’épaule de Borgnut, lui infligeant des dégâts supplémentaires. Mélisande persiste toutefois et réussit enfin à s’agripper au dos du sanglier, dont elle subit l’odeur et le poil gras. Fillinolas lui administre une Gifle d’Euclide sur l’arrière-train de l’animal, tandis que Mélisande tente de le calmer à la voix sans succès.
Après plusieurs coups de couteau inutiles de Borgnut, Brilidul blesse encore le sanglier à la patte. La bête s’ébroue et force le groupe à esquiver, ce que tous réussissent. Mélisande descend alors élégamment de son dos. Fortunard tire finalement une flèche qui ricoche de façon invraisemblable avant de se planter dans le groin du sanglier. La bête hurle, s’effondre et meurt. Fortunard récupère brutalement sa dague de l’épaule de Borgnut, qui propose aussitôt de faire une pause et de manger du sanglier.
Pendant le repos, Fillinolas soigne Borgnut par imposition des mains et arrête le sang qui coulait de son épaule. Le groupe allume un feu, envisage de cuisiner le sanglier et admet avancer beaucoup plus dans la nourriture que dans la quête. Mélisande fouille un espace encombré de caisses, croyant y trouver des latrines ou des richesses, mais n’y découvre que de la nourriture avariée. Les animaux oubliés restent enfermés dans leur enclos, et la poule vivante enfermée dans le sac de Fortunard tente toujours d’en sortir.
Les aventuriers quittent finalement le camp gobelin vers l’est, suivant l’indication « très gros cot-cot ». Après avoir traversé bois et chemins, ils atteignent une ferme isolée. Le silence y est presque total ; les potagers sont méthodiquement retournés, les légumes arrachés, et une faible odeur de soufre imprègne l’air. Les bâtiments semblent déserts, sans traces de combat ni habitants visibles. Mélisande et Fortunard examinent le potager, où ils repèrent des petites traces de pattes, des fientes, des trous de bec dans les légumes et la preuve qu’un poulet est passé par là.
Les autres fouillent les maisons. Dans la première, ils ne trouvent que des vêtements dans un coffre. Borgnut réussit à crocheter une porte fermée, puis le groupe entre dans une seconde habitation obscure. Mélisande est guidée par l’odeur de fiente, tandis que Borgnut tente d’ouvrir un coffre récalcitrant. Ses outils de serrurier se cassent ; Fortunard essaie de forcer la serrure avec sa dague et s’entaille profondément la main. Fillinolas rate une tentative de soin, Brilidul rate un coup de hache contre le coffre, et le prêtre échoue aussi à le soulever. Le coffre demeure fermé et semble maudit aux yeux de tous.
Des caquètements attirent cependant le groupe vers le potager. Fortunard, après une fouille prudente, aperçoit enfin le véritable responsable : un coq énorme, obèse, aux plumes noires comme du charbon et à la crête rouge luisante, occupé à dévorer un chou. Il tente de prévenir les autres par de grands gestes supposés discrets, puis finit par crier. Le coq le fixe avec intensité. Fortunard tente de le flatter sur sa crête ; Brilidul agite sa plume noire ; le combat commence.
Le coq pousse un hurlement terrifiant. Borgnut s’évanouit, tandis que Mélisande et Brilidul restent figés de peur ; seuls Fortunard et Fillinolas parviennent à agir immédiatement. Fortunard manque une première flèche, mais Fillinolas frappe le coq avec son bâton. Le volatile répond par un énorme coup d’aile qui fauche Fillinolas et le jette au sol, lui infligeant des dégâts. Brilidul reprend ses esprits, attaque au corps à corps et réussit à toucher, tandis que Borgnut, encore terrifié, reste à distance avec son arme prête.
Les tours suivants deviennent chaotiques. Fortunard manque encore une flèche, Brilidul rate une attaque et sa hache lui échappe ; elle frappe Fillinolas au niveau des fesses alors qu’il est à terre. Mélisande tire alors une flèche qui manque le coq et touche Fortunard dans le fondement, lui infligeant des dégâts. Le coq, presque spectateur de cette débâcle, finit par charger en ligne droite et renverse Mélisande et Fillinolas, causant encore des dégâts à la barde. Brilidul échoue de nouveau à atteindre la créature, mais Borgnut réussit enfin un coup.
Fortunard retrouve ensuite sa précision et plante une flèche dans le dos du coq. Fillinolas lance une Gifle d’Euclide qui atteint la créature, laquelle continue pourtant de picorer Mélisande au sol. Borgnut abandonne son couteau et, déclarant qu’un coq se cuisine au vin, fracasse un pichet de vin sur la tête du monstre. Fortunard se rue alors avec sa dague en promettant d’en faire des nuggets et le blesse. Enfin, Mélisande, pourtant hostile à la violence, jette sa dague et achève le coq démoniaque.
La victoire déclenche aussitôt une chaleur brûlante, une odeur de soufre, un cercle d’invocation et un incendie dans les choux. Un démon gigantesque, cornu, ailé et rougeoyant apparaît : Xartel, le Dévoreur d’Âmes, Fléau des Mortels. Il regarde le cadavre du coq, consulte un parchemin et réalise avec exaspération qu’un démon mineur est mort hors de son plan d’affectation. Il se plaint des formulaires à remplir, demande vaguement si le coq est bien la créature concernée, puis annonce qu’il fera comme s’il n’était jamais venu avant de disparaître.
Après le départ du démon, Borgnut retire sans difficulté la flèche que Mélisande avait plantée dans les fesses de Fortunard et la lui rend intacte. Fortunard comprime sa blessure avec des feuilles de salade, faute de soins efficaces. Brilidul lui propose une potion de réduction des plaies pour huit pièces d’or ; sous l’influence de son talent de radin, il convainc Fortunard de l’acheter alors que celui-ci ne possède que deux pièces et lui doit désormais six pièces. Fillinolas suggère aussi, gratuitement, de cautériser la blessure avec une torche.
Le mage et le sergent finissent par arriver à la ferme. Le mage examine le cadavre du gros poulet et les traces laissées par l’invocation, tandis que le groupe insiste sur le danger exceptionnel de la mission et tente d’obtenir davantage que les cent pièces promises. Une fermière surgit alors, découvre ses choux brûlés, sa ferme dévastée et le coq mort, puis exige réparation. Elle accuse le mage et réclame au moins deux cents pièces d’or pour les dégâts. Les aventuriers soutiennent volontiers qu’il faut payer, mais le mage se retrouve à leur réclamer finalement cent pièces d’or dans le tumulte, sans qu’une issue précise à cette négociation ne soit établie.
Malgré les disputes sur la récompense, la mission est considérée comme un succès : les pillages des alentours cessent, les gobelins qui vénéraient le coq se font discrets, et Val-Tordu est délivré du poulet démoniaque, du moins pour l’instant. Les aventuriers repartent vers le village avec le cadavre du coq, une poule vivante et une autre morte dans le sac de Fortunard, un caillou ovale, une chaussure gauche, une chaussette droite, un fromage pourri, quelques pièces et du sanglier à manger. Ils n’obtiennent pas les deux cents pièces d’or espérées, mais reçoivent au moins un bon repas à l’auberge. Fortunard, boitant avec des feuilles de salade sur les fesses, proclame malgré tout qu’il est un héros, tandis que Brilidul lui rappelle qu’il lui doit toujours six pièces d’or.