Quelques jours auparavant, un tremblement dans la montagne de Valais-le-Carillon a provoqué l’effondrement d’une petite cavité souterraine, révélant un escalier jusque-là enfoui. Le commandement de Val-Kirion y a envoyé un mineur et un cartographe, mais leurs nouvelles se font attendre. Hazel convoque donc Maïra, Theryn et Selyne au poste de commandement, tout en haut de la cité, en raison de leur expertise ou de la confiance qu’il leur accorde. Ils le trouvent devant une grande carte de la région, occupé à tracer des frontières et à discuter stratégie avec d’autres membres du commandement.
Hazel les conduit à un petit bureau où reposent une carte incomplète des galeries, trois lanternes fonctionnant avec des fragments de cristal et un fragment de cristal argenté. Il leur demande de descendre, de retrouver les deux disparus ou de déterminer ce qui leur est arrivé, et d’établir ce qui se trouve sous la montagne. Il insiste : « Pas de légende, pas de supposition, que des faits. » Toute découverte concernant les origines drakéides devra lui être rapportée directement. Les indications nécessaires pour rejoindre l’entrée, dans les mines des niveaux inférieurs, leur ont été communiquées ; leur rapport devra être fait au même poste de commandement.
Les trois compagnons se connaissent au moins de vue et profitent du trajet pour se présenter davantage. Maïra est gardienne des archives, issue d’une famille qui exerce cette charge de génération en génération ; elle espère trouver des documents historiques ou des archives cachées intéressant son peuple. Theryn est un cartographe drakéide et un explorateur expérimenté, qui a longtemps servi comme éclaireur dans les galeries de Montgivre et connaît les passages souterrains aussi bien que leurs dangers. Selyne est une ingénieure humaine spécialisée dans les cristaux, leurs propriétés et leurs interactions avec la magie. Elle souhaite étudier ceux qui pourraient être à l’origine du tremblement et comprendre leur résonance, ainsi que le lien particulier qui unit les Drakéides à cette technologie.
À Val-Kirion, les cristaux servent couramment à l’éclairage, mais aussi de foyers magiques ou de générateurs pour certaines machineries. Cet usage ancien est bien plus développé ici qu’à Astravel, la cité humaine qui commence seulement à adopter cette technologie. Selyne s’équipe d’un tromblon amélioré par des cristaux, dont les modifications pourraient lui permettre de se passer de poudre. Maïra, peu combattante et seulement capable de quelques sortilèges basiques, dispose d’une dague et rappelle qu’il n’est pas question de détruire leur héritage. Malgré les lanternes fournies, elle demande également une torche ordinaire : si une magie étrange perturbe les cristaux dans les profondeurs, elle préfère pouvoir compter sur une vraie flamme.
Le groupe traverse les ateliers de la cité, puis s’enfonce dans un dédale de galeries et de mines encore exploitées. Près des dernières mines profondes, Theryn les guide jusqu’à l’éboulement et à l’escalier découvert. Ses proportions sont démesurées : chaque marche mesure environ deux mètres cinquante à trois mètres, dans un passage haut de dix à quinze mètres qui plonge plus profondément sous la montagne. Theryn repère au sol deux séries d’empreintes récentes. Le passage est praticable, mais ses dimensions rendent la descente difficile et annoncent une remontée tout aussi compliquée.
Selyne prépare sa corde et son matériel pour aménager des attaches sur les côtés des marches, afin de laisser un cordage utilisable au retour. Theryn veut s’assurer personnellement de la qualité de l’installation, ce qui lui vaut de se faire rappeler que les nœuds et les attaches relèvent aussi des compétences d’une ingénieure. Tous deux s’affairent à sécuriser le trajet tandis que Maïra observe davantage les parois. Après deux ou trois cents mètres de descente, elle distingue trois énormes entailles, longues d’une vingtaine de mètres et d’environ deux mètres d’envergure.
Maïra attire l’attention de Theryn sur ces marques et l’interroge sur ce qu’il ferait face à une créature capable de les produire. Il sait un peu se battre, mais reconnaît que ce n’est pas sa principale spécialité. Si ces entailles sont des griffures de dragon, elles impliqueraient une créature d’au moins une centaine de mètres, de la tête à la queue : une taille qu’il n’a jamais vue et n’aurait pas cru possible. Il privilégierait donc la fuite, ou une cachette dans une cavité trop étroite pour leur poursuivant. Selyne raille ce « fameux courage drakéide », et Theryn réplique en évoquant les croyances humaines autour d’un sanctuaire et d’un homme congelé ; elle lui oppose aussitôt que chacun a sa version des faits.
Après environ une heure de descente au total, l’escalier débouche dans une immense caverne baignée d’une lumière blanche et rosée. L’écho des gouttes tombant dans un petit cours d’eau résonne sur les parois, sous une voûte haute d’environ cent à cent vingt mètres. Une vingtaine de formations cristallines blanches se dressent dans la cavité, certaines atteignant plusieurs dizaines de mètres ; Selyne les juge parmi les cristaux les plus purs qu’elle ait jamais vus. Les murs sont eux-mêmes couverts de cristaux rosés inconnus du groupe. Immédiatement captivée par leur taille et leur nature, l’ingénieure entreprend de les étudier pendant que Theryn commence un croquis des lieux.
Maïra vérifie les lanternes : leur lumière paraît plus faible, ou simplement trop modeste pour se distinguer dans l’éclat ambiant. Le fragment argenté confié par Hazel est entre les mains de Selyne. Pendant son relevé, Theryn découvre un autre couloir qui s’enfonce plus loin. Selyne, quant à elle, pose la main sur l’un des grands cristaux blancs et croit entendre trois voix anciennes et puissantes, mêlées comme si elles essayaient de parler à l’unisson. Elle ne comprend aucune parole et ne sait pas si ces voix résonnent dans sa tête ou dans la caverne.
Lorsqu’elle retire sa main, le souvenir devient aussitôt incertain : elle ne sait plus s’il y avait trois voix ou seulement deux, et plus elle essaie de se rappeler, plus ses pensées se brouillent. Le fragment argenté, lui, dégage une chaleur diffuse. Selyne demande à ses compagnons s’ils ont entendu quelque chose, puis leur explique cette impression de communication et la réaction du fragment. Aucun des deux n’a entendu de voix. Elle propose qu’ils essaient à leur tour, se demandant si sa condition humaine limite ce qu’elle peut percevoir.
Selyne remet le fragment à Theryn, puis celui-ci et Maïra touchent à la fois le grand cristal blanc et le cristal argenté. Ils ressentent alors deux premières pulsations accompagnées d’un léger bruit, suivies d’une troisième qui ne produit aucun son et n’est que ressentie. Le phénomène se répète à intervalles irréguliers, toujours selon cette même succession, et Selyne peut aussi voir les pulsations émaner du fragment. Les deux Drakéides ne reconnaissent donc pas les voix décrites par l’ingénieure. Avant de reprendre la route vers le passage repéré par Theryn, Maïra consigne avec ironie dans ses notes que « l’humaine entend les couleurs » et se demande s’il faut s’en inquiéter.
Le nouveau tunnel est dépourvu de marches gigantesques et son sol est lisse, sans qu’il soit possible de savoir s’il a été travaillé ou usé par les passages. Le groupe découvre bientôt un Drakéide immobile, adossé au mur de droite, dont Theryn reconnaît la tenue de cartographe. Il est mort, mais son visage n’exprime ni douleur ni peur : un léger sourire lui donne plutôt une apparence de repos ou de satisfaction. Theryn fouille ses affaires et retrouve une carte commencée jusqu’à cet endroit. D’autres pages ont été arrachées, et le fusain servant à dessiner a disparu ; il récupère les documents et les affaires laissés sur place.
Le défunt possède une lanterne semblable aux leurs, mais pas d’autre cristal particulier. Il n’y a aucune trace de lutte ni blessure apparente ; en revanche, des empreintes dans la poussière montrent que quelqu’un s’est affairé auprès de lui. De petits restes de papier jonchent le sol, et des traces de bottes drakéides continuent vers les profondeurs. Selyne évoque la possibilité d’un assassinat, sans qu’aucun élément ne permette de l’établir. En examinant le corps, Maïra remarque une légère décoloration dans la paume d’une main, évoquant une petite brûlure.
Maïra demande aussitôt à voir les mains de ses compagnons et inspecte la sienne. Tous présentent une décoloration très légère sur la main qui a touché le cristal blanc. Elle demande donc qu’ils cessent de toucher les gros cristaux inconnus. Selyne souligne que rien ne prouve que le contact ait causé la mort du cartographe, mais accepte finalement de procéder avec prudence. Maïra insiste sur le fait qu’elle ne survivrait pas seule dans ces cavernes : la survie des autres est aussi la sienne. Ils reprennent alors les traces du second disparu.
Après quinze à vingt minutes de marche, le couloir longe sur la droite une salle remplie de piliers cristallins de toutes les couleurs, tandis que le chemin continue sur la gauche. Certains piliers atteignent le plafond, haut de soixante-dix à quatre-vingts mètres ; d’autres sont bien plus petits. Des noms sont gravés dans les cristaux, en ancien drakéide dans les parties hautes et dans une écriture plus commune vers les bases. Cette disposition évoque des lignées, dont les plus grandes pourraient couvrir des milliers d’années. Aucune différence d’usure ne permet cependant de dater les inscriptions les unes par rapport aux autres.
Maïra reconnaît certains noms récents entendus à Val-Kirion. Une quinzaine ou une vingtaine de piliers se distinguent par leur taille, ce qui lui fait envisager autant de grandes lignées, les autres pouvant correspondre à des familles mineures. Les traces du mineur restent dans le couloir et ne semblent pas entrer dans cette salle. Selyne s’étonne de trouver ici des généalogies apparemment inconnues de la cité : quelqu’un venait-il les graver secrètement, ou les cristaux pourraient-ils les faire apparaître par un lien intrinsèque avec les Drakéides ? Elle entreprend d’examiner et de toucher prudemment plusieurs des grands piliers.
Les premiers cristaux se révèlent froids, presque vides, mais un pilier argenté légèrement noirci provoque une réaction du fragment qu’elle porte de nouveau. À son approche, celui-ci dégage une faible chaleur. Tout en haut de ce pilier figure non pas un nom, mais une goutte argentée ; deux ou trois noms en descendent, puis se ramifient en de nombreuses branches. La plupart s’interrompent, jusqu’à ne laisser qu’une seule lignée et, à la base, un unique nom : Hazel. Ni Theryn ni Maïra ne reconnaissent le symbole de la goutte.
Maïra sait toutefois que certaines puissantes familles représentaient leurs ancêtres ou leurs lignées par des symboles. Celui-ci n’apparaît dans aucune des archives qu’elle connaît, bien qu’elle ait déjà étudié une bonne partie de l’ascendance de Hazel. Les noms qu’elle peut vérifier correspondent aux documents de Val-Kirion, mais le pilier remonte beaucoup plus loin, sur cinq ou six cents noms, parmi lesquels Medrash, Panjayed, Rogar, Giesh et Balazar. Theryn dessine les symboles et poursuit ses croquis, tandis que Maïra copie autant de noms que possible, en veillant particulièrement aux premiers descendants de la goutte et à la partie la plus récente. Les autres lui laissent le temps de travailler, et leur arrêt se prolonge.
Pendant ce temps, Selyne poursuit l’inspection des piliers. Elle rapproche les couleurs des cristaux des affinités magiques connues de certaines lignées et en déduit qu’un lien pourrait exister entre ascendance et capacités magiques. Plusieurs lignées partagent une même couleur, mais l’argent noirci du pilier de Hazel demeure unique dans la salle. Leurs recherches permettent aussi de retrouver un pilier correspondant à la famille de l’un des deux Drakéides, dont les inscriptions concordent avec ce qu’ils en savent, sans que l’identité de cette famille soit précisée. Une fois les relevés suffisamment avancés, le groupe rejoint le couloir et reprend les traces.
Plus loin, des dalles rectangulaires apparaissent sous leurs pieds, et le passage se transforme en une immense allée d’archives, large d’une trentaine de mètres. Des rangées de bibliothèques, des bureaux et des rangements abritent des milliers de livres, de gros ouvrages et de parchemins, à perte de vue. L’enthousiasme de Maïra est tempéré par une découverte à l’entrée : des pages ont été arrachées, froissées et utilisées pour tenter d’allumer un petit feu de fortune. À côté repose le fusain disparu du cartographe. Il n’existe toujours qu’une seule direction à suivre au milieu de ces archives.
Devant la quantité d’ouvrages, Maïra prend le premier livre intact à sa portée et l’ouvre pour en identifier la langue et le sujet. Rédigé en ancien drakéide, il semble traiter de la fondation du nid primordial. Elle voudrait l’emporter, mais le volume mesure environ cinquante centimètres de haut, quarante de large et quinze d’épaisseur, pour un poids voisin de trente kilos. Ses grandes inscriptions rappellent une écriture hiéroglyphique, tracée par des mains bien plus imposantes que les leurs. Maïra convient de le laisser sur place pour le reprendre éventuellement au retour et envisage de demander à Hazel l’envoi d’explorateurs ou d’archivistes afin d’étudier l’ensemble.
En avançant, ils passent sous des arches qui séparent les sections de la bibliothèque. Des plaques cristallines enchâssées dans les murs racontent progressivement une histoire que Maïra traduit à ses compagnons. La lignée des premiers Drakéides argentés s’est réduite au fil des générations, entre guerres, disparitions inexpliquées et morts naturelles. Les derniers archivistes de ce lieu avaient reçu l’ordre de ne jamais révéler cette ascendance. Les dernières plaques déclarent : « La lignée demeure, un seul nom subsiste, que le dernier ignore le poids de son origine. »
Au-delà des dernières étagères, le couloir s’ouvre face à une fresque monumentale d’environ deux cents mètres de large sur soixante-dix de haut. Elle représente trois dragons côte à côte : l’un est massif et sombre, entouré de racines et de fleurs ; le dragon argenté, au centre, possède une silhouette élancée et se tient devant une arche ouverte. Une partie de sa représentation a volontairement été effacée ou détériorée. Des symboles accompagnent les figures, notamment une fleur fermée et une porte ouverte. Une inscription présente « trois enfants d’une même flamme » : l’aîné veille sur ce qui demeure, la sœur sur ce qui se transmet et le cadet sur ce qui traverse ; aucun ne devait porter seul le poids du serment.
Sous ce texte, les noms de Vesper, Astrelis et Orven sont gravés à même la roche avec un outil qui devait être massif. Les compagnons rapprochent la dragonne argentée et son symbole de la goutte placée au sommet du pilier de Hazel. Maïra précise qu’elle n’avait pas relevé le nom de cette ancêtre sur le pilier : seul son symbole y figurait, au-dessus des générations de descendants. En s’approchant de la fresque, ils découvrent un passage dissimulé par un trompe-l’œil au centre du dragon argenté. Les empreintes indiquent que le mineur l’a emprunté pour descendre davantage.
Quelques minutes plus bas, ils pénètrent dans un espace encore plus vaste, dont l’atmosphère les saisit tous. Maïra ressent la magie qui en émane, Selyne perçoit les cristaux, et Theryn pressent qu’il s’agit de l’un des plus beaux lieux qu’il aura cartographiés. Devant eux repose un squelette de dragon d’au moins une centaine de mètres, dans ce qui ressemble à un tombeau. Un petit escalier à leur échelle serpente à travers des eaux claires jusqu’à un piédestal portant un immense cristal argenté. Sa couleur est identique à celle du fragment confié par Hazel, tandis que les autres cristaux de la salle sont nettement plus petits.
Au pied du piédestal, ils aperçoivent le mineur, à genoux, de dos, les bras écartés. Selyne l’interpelle, lui demande ce qu’il fait là et s’il a tué son compagnon, mais ne reçoit aucune réponse. Lorsqu’elle s’approche et le touche légèrement, elle le trouve presque dur comme de la pierre. Les compagnons s’interrogent sur ce qui a frappé les deux disparus et sur la raison pour laquelle eux-mêmes ont été épargnés ; Selyne remarque qu’ils possédaient, contrairement aux premiers explorateurs, le cristal de Hazel. Aucune explication n’est toutefois établie.
Ils constatent que le grand cristal a poussé dans la cage thoracique du squelette et qu’il présente une fissure à sa base. En montant sur le piédestal, Selyne voit que le fragment paraît pouvoir s’y loger. Elle demande à Maïra si le remettre à sa place supposée lui semble judicieux ; l’archiviste répond qu’elle aurait plutôt dit non. Depuis l’estrade, ils découvrent également que l’arrière du dragon est entremêlé à la montagne elle-même : seuls l’avant du corps, le torse et la tête sont véritablement dégagés. Pendant que Selyne prépare son examen, Theryn fouille le mineur et retrouve les pages prises au cartographe, sur lesquelles il a tenté de dessiner un plan maladroit.
Selyne tient le fragment d’une main et touche le grand cristal de l’autre, puis les rapproche lentement pour observer leurs réactions. Une résonance s’établit clairement entre eux. Le phénomène lui est inconnu, mais elle ne relève aucun indice précis annonçant un danger immédiat et finit par remettre le fragment dans le grand cristal, qu’il complète. Les deux résonances commencent alors à s’accorder. Une silhouette translucide se forme autour du squelette, dont l’esprit semble s’animer ; la tête du dragon fantomatique se lève et approche du piédestal.
Un souffle glacial s’échappe de ses naseaux et chasse une grande partie de la poussière du sol, révélant une inscription en ancien drakéide sous leurs pieds. Maïra y lit un message destiné à ceux qui trouveront ce lieu : le sang de la dragonne n’a jamais appartenu au roi, mais a été confié aux premiers enfants de cette montagne pour qu’ils survivent à ce qui devait venir. Ses descendants ont grandi, combattu, aimé et disparu. Au dernier d’entre eux, s’il existe encore, elle déclare qu’il ne lui doit rien : « Qu’il vive sa propre vie et que nos fautes ne deviennent pas les siennes. » Tandis qu’ils lisent, l’apparition s’évapore progressivement, les laissant de nouveau devant l’immense squelette.
Theryn estime qu’ils ont désormais un beau message à transmettre à Hazel. Selyne laisse à ses compagnons le soin de le raconter, mais rappelle qu’ils ignorent toujours pourquoi le séisme a ouvert la galerie. Maïra souligne qu’ils ne savent pas davantage ce qui a tué les deux explorateurs. Ils envisagent que le fragment les ait protégés, peut-être en les faisant reconnaître comme liés au descendant, puis s’inquiètent de l’avoir remis en place ; ce ne sont que des hypothèses. La sécurité d’une future expédition demeure elle aussi incertaine.
Ils décident de remonter et de laisser Hazel choisir le sort de leurs découvertes, même s’il souhaite détruire la carte ou interdire tout retour. L’existence de la galerie ne s’est pas ébruitée, ce qui permettrait encore de la garder secrète. Maïra confirme qu’elle a traduit à ses compagnons toutes les inscriptions au fur et à mesure, et Selyne accepte également de s’en remettre au prince. Avant de partir, l’ingénieure étudie encore le cristal argenté avec son expérience et ses appareils de mesure : sa puissance dépasse largement celle de tous les cristaux qu’elle a rencontrés auparavant. Theryn termine la cartographie des lieux.
Sur le chemin du retour, Maïra renonce à reprendre le livre sur le nid primordial. Elle ne l’emportera que si Hazel autorise la réunion de ces archives avec celles de la cité ; s’il veut préserver le secret, elle laissera le volume sur place. Après de longues heures de remontée, le groupe retrouve les premières galeries habitées et l’air froid de la montagne. Ils savent désormais que Hazel est le dernier descendant d’une dragonne primordiale dont ils ont vu les restes, et que celle-ci avait deux frères. Mais des soldats courent dans les galeries et des habitants se rassemblent près du sanctuaire supérieur.
Lorsqu’ils demandent à voir Hazel, les réponses tardent. Un officier présent lors de leur départ finit par les reconnaître et leur annonce un incident : une résonance dans les cristaux, une lumière blanche, puis Hazel a disparu. Personne ne sait où il est allé ni ce qui s’est passé, et l’officier repart rejoindre d’autres soldats. La cohue se prolonge pendant des heures, puis des jours. Sans le prince auquel ils comptaient confier la décision, les trois explorateurs doivent choisir eux-mêmes ce qu’ils feront de leurs découvertes.
Maïra souhaite retourner dans les profondeurs, accompagnée d’autres archivistes, afin d’étudier la bibliothèque et l’histoire de son peuple. Selyne l’encourage : les Drakéides devraient connaître leurs origines, et elle-même veut pouvoir poursuivre l’étude des cristaux. Theryn est partagé et choisit, pour son propre bien-être mental, de conserver ce qu’il a recueilli sans jamais parler de cette zone. Maïra envisage de consulter des proches ou des archivistes de confiance ; ceux-ci ne pourraient que l’inciter à les conduire vers ces réponses sur les origines drakéides. Elle affirme clairement vouloir rendre les découvertes publiques, et Selyne ne s’y oppose pas.
À Val-Kirion, la décision est donc prise d’étudier ce trésor de connaissances. Maïra reçoit la responsabilité de l’étude et de la supervision des archives souterraines, tandis que Selyne prend la tête des recherches sur les cristaux et les minerais. Au cours des travaux, une dernière tablette est retrouvée dans les archives, complétant l’histoire inscrite sur les arches : « Lorsque les trois chemins se croiseront à nouveau, nul ne saura s’ils annoncent la fin du serment ou son commencement. » Selyne se demande si les deux autres chemins ne se sont pas déjà interrompus, mais Maïra lui rappelle que leurs découvertes portaient sur la lignée d’Astrelis, et non sur le devenir des deux autres.